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“ « La crise du Covid-19 ne doit pas être une parenthèse » ”

   Retour       25 mars 2020       Gouvernance   

Pour l'économiste et porte-parole d'Attac, M. Combes, la crise sanitaire actuelle montre la fragilité d'une économie mondialisée. Devra lui succéder « une révolution écologique et sociale, en rupture avec les politiques passées ». Sous peine de rechute.

Maxime Combes
Économiste et porte-parole d’Attac

Actu-environnement : Quelles conclusions tirer de cette crise sanitaire sur notre système mondialisé ?

Maxime Combes : Jamais, depuis 1945, le monde n'avait connu une situation aussi instable. L'épidémie du coronavirus révèle les grandes fragilités de nos systèmes sociaux et économiques globalisés, exploitant toujours plus le travail et le vivant. Cette crise est le symptôme d'une mal-organisation profonde du monde, qui favorise la propagation de ce genre d'épidémies. Ce qui est notable, c'est que ce constat est aujourd'hui partagé par de plus en plus de personnes. Il n'est plus cantonné au sein des ONG. La crise sanitaire a favorisé cette prise de conscience, y compris dans les hautes sphères décisionnaires.

Emmanuel Macron expliquait, en juin 2019 devant les Nations unies, que « ces dernières décennies sont marquées par une crise profonde, économique, sociale, environnementale, politique et donc civilisationnelle, qui nous impose de réagir ». Dans son discours du 12 mars 2020, en pleine urgence sanitaire, il avançait « qu'il est des biens et des services qui doivent être placés hors des lois du marché ». Mais ces discours sont en opposition avec ce qu'il fait depuis trois ans au pouvoir. À cette crise du coronavirus doit succéder une révolution écologique et sociale, en rupture avec les politiques passées. Il est urgent de désarmer ce système qui réchauffe la planète et fait s'effondrer la biodiversité, en plus d'aggraver la précarité et les inégalités.

AE : Ne court-on pas le risque, une fois la crise sanitaire passée, de revenir à la situation initiale avec une relance de l'économie et la consommation ?

M.C. : Le risque existe en effet. On voit déjà le Canada annoncer qu'il sauvera ses industries pétrolières et gazières, et l'ensemble des pays, dont la France, vouloir porter secours à leur secteur aérien. Nous ne savons pas quel sera le réel impact de cette crise sur nos systèmes économiques et sociaux, mais nous savons maintenant que nous ne sommes pas prêts à absorber ce genre de phénomènes.

La crise du Covid-19 ne doit pas être une parenthèse. Cette crise montre qu'une intervention bien plus forte de la puissance publique est nécessaire pour contraindre les marchés et répondre aux besoins humains et écologiques. Nous devons nous mobiliser pour que cette intervention ne soit pas l'affaire de quelques semaines ou de quelques mois. Des « décisions de ruptures », pour reprendre les propos du Président, ne peuvent pas être conjoncturelles ; elles doivent dessiner un autre futur.

AE : Quelles décisions prendre pour permettre cet autre futur ?

M.C. : Le Gouvernement a annoncé un paquet de 45 milliards d'euros d'aides ainsi que 300 milliards de garanties de prêts bancaires. Ces mesures sont nécessaires pour maintenir le tissu productif, mais elles doivent être en priorité pour les entreprises réellement en difficulté. Surtout, avec ses interventions massives dans l'économie, l'État devrait se donner l'opportunité de réorienter le système productif du pays. Il s'agit de le rendre plus juste socialement et en mesure de satisfaire les besoins essentiels des populations, compatibles avec les grands équilibres écologiques.

Doit-on investir de l'argent public dans des compagnies aériennes, des entreprises pétrolières, gazières ou chimiques ? Doit-on défendre des systèmes agricoles qui ne respectent pas l'environnement ? Pas un seul euro ne devrait être versé à des entreprises polluantes. Ne doivent être soutenues que des entreprises qui abandonnent progressivement leurs activités polluantes pour investir dans des activités socialement et écologiquement soutenables.

Il faut aussi se poser la question de la relocalisation de notre production. Concrètement une taxe kilométrique sur tous les modes de transport augmenterait le coût du fret et dissuaderait le transport de marchandises sur de longues distances. Cette taxe inciterait au développement des circuits économiques locaux et régionaux et rendrait le commerce de longue distance très peu compétitif.

AE : Pensez-vous que cette crise puisse être salutaire à l'avenir écologique de la planète ?

M.C. : Nous sommes confrontés à un choc psychologique puissant, et l'opinion publique semble profondément marquée. Il est frappant de constater que les chiffres que l'on commente le plus aujourd'hui ne sont pas les indicateurs de croissance, même si l'on parle de la chute des bourses mondiales, mais le nombre de personnes atteintes et de morts liés à cette épidémie.

Je ne sais pas si cette crise saura remettre en cause le système mondial, les pouvoirs disproportionnés des multinationales, la rentabilité financière à court terme… Mais l'enjeu est de se saisir de ce basculement pour mettre ces questions au premier plan. La relocalisation des activités pour réduire notre empreinte écologique doit guider les choix structurels à prendre dans les semaines, les mois, et les années à venir.

Aujourd'hui nous sommes en train d'éteindre un incendie, de limiter au maximum sa propagation. Mais il faut aussi s'assurer qu'il ne puisse pas reprendre et éteindre tous les autres départs de feu.

Propos recueillis par Rémi Pin

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